16 avril 2006

 

Violences : “ On ne découvre rien ”


TOURS - ( 10/11/2005 ). Hier après-midi, dans un café du Sanitas, à Tours, six personnes qui travaillent depuis 10 ans dans les quartiers dits “ difficiles ” ont parlé des violences urbaines.Nous, on savait que les choses pouvaient prendre cette tournure. On ne découvre rien. Tariq a 23 ans, il est commercial et membre du collectif Diversi-T 37, comme tous ceux qui sont assis autour de la table de ce café situé place Neuve, dans le quartier du Sanitas à Tours. Autour d'eux, il y a des logements sociaux en barres. Et au sein de Diversi-T 37, ils veulent « dénoncer et combattre les visions négatives et les préjugés sur les minorités », entre autres (lire ci-dessous). Le fond. « A propos des violences dans les quartiers, la question de fond a disparu. La question, la vraie, c'est : “ Pourquoi ces jeunes en sont-ils arrivés là ? ” », commente Nadia Hamoudi, qui est par ailleurs conseillère municipale à Tours. « Une espèce de rage accumulée », répond Anthony. Il « n'excuse rien », mais « il comprend ». « J'ai 27 ans et je ne suis pas au bout de mes peines », dit-il aussitôt. Anthony a grandi dans le quartier Maryse-Bastié, à Tours. « Je me suis fait courser par la police pendant des années. » Ce qui l'a empêché d'aller en prison, c'est d'avoir rencontré des gens qui lui ont donné « un paquet d'énergie » en lui faisant « confiance ». Des éducateurs sportifs, et des animateurs qui au cours d'ateliers théâtre, lui ont donné « le premier rôle ». Nicolas Sarkozy. Sauf « qu'on ne fait plus confiance » aux jeunes. Ils ont un « mal de vivre dans ces quartiers », et les propos du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, « n'ont rien arrangé ». « Quand j'ai entendu le mot “ racaille ”, j'ai pensé qu'ils visaient tous les cas sociaux », raconte Josiane, du centre social Maryse-Bastié, à Tours. « C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase », commente Anthony. « Cette violence verbale s'est ajoutée à la violence sociale qui touche de plus en plus de personnes », ajoute Nadia. « Cette stigmatisation touche les Maghrébins, mais aussi les barbus, ceux qui ont les cheveux crépus, et surtout ceux qui vivent dans les quartiers. Moi, je sais comment on me regarde quand je dis où j'habite », poursuit Anthony. « Place Mongolfier, c'est la cité. »Ici, à Tours, « on ne peut pas se plaindre », ajoute Mohamed Moulay, par ailleurs référent Contrat de ville à Tours.« Cela n'a rien à voir avec ce qui se passe en banlieue parisienne, il y a des assos qui travaillent sur le terrain, des efforts faits sur l'urbanisme, on arrive à garder une certaine stabilité. »Mais ici comme ailleurs, ajoute Anthony, « ceux qui vivent dans les quartiers, qui n'ont pas d'argent, eh bien ils se disent “ Je voudrais vivre comme tout le monde ”. »Et le gros problème, en ce moment, ajoute Tariq, « c'est qu'il y a deux France qui ne se connaissent pas. » Non, « plutôt deux camps, et l'un fait semblant de ne pas connaître l'autre », corrige Anthony.

Propos recueillis par Magalie Basset

Article publié dans La Nouvelle République du Centre-Ouest

http://www.lanouvellerepublique.fr/

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